par Laurent Dupeyrat

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Comme près de 5% de la population française, j’ai été atteint du covid et je l’ai transmis à mon épouse de retour à la maison. Les premiers symptômes ont commencé à la mi-mars, le moment où l’on ne parlait encore que de détresse respiratoire. Certes la difficulté à respirer était très présente du matin au soir et s’accentuait la nuit, mais personne ne témoignait sur tous les autres symptômes.

La première semaine s’est passée dans l’observation et la surprise de la découverte de symptômes et de douleurs jamais expérimentés auparavant.

Puis, ce fut l’appel en visio-conférence avec le médecin qui avoua sa totale impuissance face à cette maladie inconnue.

On réalise alors que l’on est à un carrefour (qui n’est pas un choix) : soit on se laisse emporter par la peur de l’inconnu, de l’incertitude et l’angoisse de la mort, soit on accepte que les choses soient comme cela et, désormais, on s’adapte.

On réalise aussi que l’on est seuls à pouvoir gérer cette crise, notre propre crise, car le déni et la fuite sont les réponses les plus immédiates et les plus habituelles à surgir lorsqu’une menace, une rupture ou une transformation émerge : « bah ! Ce n’est qu’une simple grippe qui va passer aussi vite qu’elle est arrivée ! »

Pour pouvoir s’adapter au jour le jour, et surtout au fur et à mesure des nuits, on doit s’en remettre à notre faculté de concentration. Ça tombe bien, mon épouse et moi-même nous y entraînons depuis des années !

Cette concentration, ce focus, la capacité qu’a l’esprit à pouvoir demeurer attentif et serein quoi qu’il se passe et à s’adapter très rapidement à de nouvelles conditions, est bien utile par les temps de crise comme celui-ci !

La nuit surtout, le focus a été déterminant, ce qui nous a évité, je pense, de faire un tour plus ou moins prolongé à l’hôpital.

En demeurant calme, en accordant le rythme de la respiration à la capacité désormais très réduite des poumons et en demeurant totalement concentré, la crise finit par passer, avec un peu de chance aussi.

Attention, je ne dis pas que la concentration est un médicament, un traitement ou un vaccin. Elle est par contre terriblement efficace pour éviter de se faire happer par des émotions incontrôlables qui rendent la maîtrise de la respiration extrêmement difficile.

Après deux mois et demi, le virus a disparu, nous ne sommes plus contagieux, mais les symptômes réapparaissent lorsque nous faisons un effort trop important (ce que nous jugerions habituellement comme un effort normal). Cela ne fait que confirmer notre certitude : nous devons désormais envisager le maintien de notre focus comme une performance durable.

L’essentiel pour nous actuellement est de tenir dans la durée, de préserver nos forces et nos ressources, mais également de témoigner et de rappeler à toutes et à tous d’être vigilants, c’est à dire d’œuvrer pour le bien commun car, comme le disait Kathrine Kressmann Taylor, "nous sommes tous embarqués dans la même galère".

NOUS AVONS BESOIN DE NOUVEAUX HÉROS CIVILISATEURS QUI VONT NOUS RACONTER LES MYTHES DE DEMAIN (...)

Ce n’est décidément plus le monde que nous avons connu ! Finies la routine et les habitudes…

Pour moi, le parallèle est flagrant entre ce que le covid entraîne chez les personnes atteintes et l’état du monde dans lequel il l’a plongé (même si toutes les conditions d’une crise majeure étaient présentes avant, la maladie et le confinement n’ayant fait qu’accélérer le processus). Le monde est désormais résolument en crise, il ne sert à rien de le nier ou le cacher et il va nous falloir nous appuyer sur des femmes et des hommes capables de donner des réponses efficaces à cette crise globale.

Des femmes et des hommes capables d’observer, de prendre du recul, aptes à se concentrer et par-là même à s’adapter continuellement, résolument déterminés et focalisés et parvenant ainsi à maîtriser des conditions non maîtrisables. Ils doivent maintenant performer durablement et agir excellemment.

Nous avons désormais besoin de Leaders excellentsentraînés, ne cédant pas à la pression (formidable) du sentiment de fin, de catastrophe ou de mort ; n’étant pas emportés par leurs émotions destructrices comme la peur, l’angoisse, le stress…

Nous avons besoin de phares qui éclairent la nuit en pleine tempête, de roseaux qui ploient sous le vent mais ne rompent jamais, de sages qui anticipent les mutations en demeurant lucides et de guerriers qui se battent avec force et courage pour les causes justes d’aujourd’hui en laissant de côté leur agenda tourné uniquement vers leur propre bénéfice.

Nous avons besoin de nouveaux héros civilisateurs qui vont nous raconter les mythes de demain, sachant montrer la direction à suivre sans violence et en incluant tout le monde, sans aucun à priori, dans un principe de co-responsabilité, en faisant participer toutes les collaboratrices et tous les collaborateurs (ou toutes les citoyennes et les citoyens du monde) à la vision d’ensemble.

Nous avons besoin de personnes excellentes dans leur vision personnelle, et cohérentes avec la vision du monde et de son évolution. Des personnes d’une grande humanité, sachant écouter sans juger, conscientes de l’état limité des ressources humaines et naturelles, tournées vers le bien commun et n’oubliant jamais que le bien des collaborateurs fait celui du monde. Des personnes capables d’entraîner le monde à rompre le cycle destructeur dans lequel nous sommes tous dorénavant engagés.

Où trouver ces Leaders uniques, excellents, dont nous avons cruellement besoin maintenant ?

Partout.

Il s’agit de vous et moi, de nous tous, citoyennes et citoyens du monde.

L’excellence du leadership est avant tout intérieure. Nous n’avons besoin que d’une seule chose : nous y entraîner, pour ensuite pouvoir y entraîner tout le monde.

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