L’instant Eurêka, entre création et focus

Écrit par Dupeyrat Laurent

Fondateur et associé de Ways & Lore. Concepteur et directeur des formations.

Première Publication : 15 juin 2015

 

La Création

 

Qu’est-ce que la création ? C’est avant tout un processus considéré par beaucoup comme mystérieux. Pourtant, depuis 1926 et les premières théories sur le sujet d’un certain Graham Wallas, les scientifiques ne cessent d’affiner notre connaissance sur le sujet. Aujourd’hui, les spécialistes considèrent que le processus de création comporte cinq phases, dont l’instant Eurêka, « j’ai trouvé ! », qui en constitue le moment fondamental. Cet instant Eurêka, célèbre parole attribuée à Archimède (en prenant son bain ?), est également le moment crucial de tout processus méditatif. Avant d’arriver au satori, la méditation est un processus permettant un état de plus en plus spontané et naturel.

Alors : création et méditation, des processus similaires ?

 

 

Graham Wallas (...) expose sa théorie du processus créatif d’un individu en quatre étapes : la préparation, l’incubation, l’illumination et la vérification.

 

Les 4 étapes

 

C’est dans son ouvrage de 1926, intitulé The Art of Thought, que Graham Wallas (1858-1932), théoricien en sciences politiques et en relations internationales, expose sa théorie du processus créatif d’un individu en quatre étapes : la préparation, l’incubation, l’illumination et la vérification.

Aujourd’hui, les chercheurs en neurosciences ont fait évoluer sa théorie en remplaçant la première étape, la préparation, par deux phases : l’exploration et la focalisation.

Ainsi, tout processus créatif se déroule comme ceci :

  • L’exploration. C’est la première phase, celle qui permet l’émergence du processus créatif. Garder l’esprit ouvert, être curieux de tout, est la phase indispensable à la création. C’est le champ des possibles d’où peuvent émerger des intuitions géniales comme une réflexion de création, les deux façons dont peut se développer tout processus créatif. Si la première est considérée comme un éclair, « Eurêka », la seconde procède de façon analytique, par essais-erreurs. Cette première étape est donc la phase exploratoire où l’esprit se met en quête de toute information susceptible de déboucher sur une nouvelle façon de penser, une nouvelle approche de la réalité, etc. C’est l’exploration de tout potentiel nécessaire au démarrage du processus créatif.
  • La focalisation. Cette seconde phase est déterminée par le degré d’expertise que l’individu possède dans le domaine de création envisagé. Ainsi, un violoniste qui a travaillé son instrument pendant de nombreuses années aura plus de chances de pouvoir focaliser son impulsion créatrice et perdra beaucoup moins de temps pour tout le processus de création qu’un virtuose inexpérimenté par exemple. Ici, plus la personne maîtrise son sujet, plus elle a de chances d’aboutir rapidement à une idée novatrice. Le degré d’expertise conditionne donc l’idée géniale. C’est également la faculté que l’esprit a de pouvoir se concentrer intensément sur un objet, une tâche, etc. C’est le principe de lucidité, d’acuité ou de focalisation (focus).
  • L’incubation. Cette étape est l’instant de décrochement. Pris dans le processus, nous n’avons plus le recul nécessaire pour laisser jaillir l’idée, pour trouver la solution, pour créer. Que fait donc notre conscience ? Elle part voir ailleurs. Notre attention ne se focalise plus sur le problème, mais elle va divaguer, d’une idée à une autre, d’un objet à un autre. Elle va rêver, observer distraitement ce qui l’entoure. Cette phase d’incubation permet à la conscience de se désolidariser de la focalisation sur l’idée : elle se donne donc du champ, elle s’ouvre à nouveau. Cette ouverture est le préliminaire indispensable au jaillissement, à l’illumination, qui est l’étape suivante.
  • L’illumination. C’est l’instant du jaillissement, ce que les anglophones nomment « insight », littéralement « le regard en-dedans ». C’est bien de cela dont il s’agit dans cette phase : le regard n’est plus extérieur, il n’observe plus la réalité externe, mais se tourne vers les pensées, les images et les sensations de l’esprit. Les neurologues ont ainsi pu observer que cette phase de l’illumination était toujours intérieure. Nul jaillissement ne vient d’une réalité externe. L’intuition se trouve « en-dedans ». Lorsque suffisamment d’exemples ont été glanés à l’extérieur et que la maturation se fait, cela jaillit alors de l’intérieur. Les études ont montré qu’à ce moment-là, les stimuli externes comme la vision ou l’audition étaient inhibés par une augmentation des ondes alpha dans les régions concernées. C’est alors l’idée, la solution, la résolution, la délivrance. Il est intéressant de noter que la fin de cette phase s’accompagne d’un sentiment de bien-être, de relâchement, d’ouverture et de joie. La pression s’est libérée, nous avons trouvé, et nous en ressentons un vif plaisir.
  • La vérification. C’est enfin le temps de partager ce qui a été découvert. Comment savoir si nous venons d’avoir une idée de génie ? Comment savoir si nous avons réellement résolu un problème ? C’est simple : en confrontant notre idée ou notre vision avec l’extérieur. Nous devons la mettre à l’épreuve. Comme le dit Ken Robinson, auteur et expert dans le domaine de l’éducation : « Si nous ne sommes pas prêts à être dans l’erreur, alors rien d’original ne sortira de nous ». C’est également pour nous un processus cognitif important : nous lâchons ce que nous venons de trouver. Cela ne nous appartient plus alors véritablement. Cette phase est également nécessaire dans le processus créatif, car c’est elle qui nous libère de l’idée. Nous pouvons alors voguer vers d’autres horizons et nous mettre en quête d’autres idées qui vont révolutionner le monde !

 

« ces phases semblent réellement universelles, qu’il s’agisse de science, d’art, de littérature ou de musique », Shelley Carson

 

Création & Focus

 

Shelley Carson, psychologue de l’université d’Harvard, déclare que « ces phases semblent réellement universelles, qu’il s’agisse de science, d’art, de littérature ou de musique ». Ce processus nous concerne donc tous, même les moins créatifs d’entre nous !

Quel rapport avec le Focus (qui est une forme de méditation) direz-vous ? Il est très étroit. Comme l’ont démontré Ostafin et Kassman (2012) pour le programme Mindfulness, initié par John Kabat-Zinn, la méditation est un atout pour le développement de la « vision intérieure » (insight).

Le principe de la méditation est double : il permet, d’un côté, l’ouverture de la conscience à « un champ de possibles plus étendu » par la présence à soi et à son environnement, et, de l’autre, la focalisation, l’acuité qui permet d’être extrêmement précis. Nous voyons donc déjà que le Focus recouvre trois des phases du processus créatif citées ci-dessus, l’exploration, la focalisation et l’incubation.

Les tenants de la méditation zen évoquent volontiers le terme de satori pour évoquer la quatrième étape, ce fameux instant eurêka des neuroscientifiques. Le satori est une fulgurance, une illumination profonde et spontanée qui advient lorsque l’ouverture et la lucidité sont présentes. La relation est évidente entre méditation et processus créatif. Il est également connu, dans les traditions de méditation, que les personnes qui ont connu un satori, ont eu leur vision complètement altérée. Ils englobent alors beaucoup plus de choses et ont des fulgurances cognitives, nous dirions des intuitions profondes, régulières.

À n’en pas douter, avec l’entraînement adéquat et la discipline requise, la pratique du Focus peut effectivement nourrir notre processus créatif.

 

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